Un éclairage sur les recherches émergentes sur l’ovaire, l’immunité et l’inflammation et notre compréhension de la ménopause. Et pourquoi la science, le Yoga et l’Ayurveda nous ramènent finalement vers une même perspective.

Après la fin de leur fonction reproductive, les ovaires ne deviennent peut-être pas simplement inactifs. Des recherches émergentes suggèrent qu’ils continuent à se transformer, développant progressivement une activité biologique qui semble davantage liée à l’immunité et à l’inflammation.

En lisant l’article scientifique et en écrivant ces lignes, je ne peux m’empêcher de penser à toutes les femmes, moi y compris, vivant avec l’endométriose, qui ont passé une grande partie de leur vie reproductive à essayer de gérer l’inflammation et à espérer que la ménopause leur apporterait enfin un peu de repos et de soulagement.

Ce n’est pas exactement le genre de nouvelle scientifique que l’on espère découvrir.

Mais il existe aussi de nombreuses façons de soutenir notre santé au cours de cette transition: grâce à un accompagnement médical adapté, mais aussi à travers notre mode de vie, le mouvement, le sommeil, la régulation du stress et l’alimentation, ainsi que, pour celles qui s’y sentent appelées, des pratiques comme le Yoga et l’Ayurveda.

Revenons à l’étude et regardons ce que les chercheurs ont réellement observé.

Chez la souris, l’ovaire post-reproductif présente une signature moléculaire principalement liée à l’immunité. Des données émergentes chez l’humain suggèrent également que le tissu ovarien continue à se remodeler au cours des décennies qui suivent la ménopause, même si certaines de ces données humaines très récentes sont encore en attente d’évaluation par les pairs.

Pendant longtemps, les ovaires ont été considérés comme des organes relativement inactifs après la ménopause: l’ovulation cesse, la réserve folliculaire s’épuise et la production ovarienne d’estradiol et de progestérone diminue considérablement.

Mais notre compréhension évolue.

Le corps continue de nous surprendre.

Des travaux scientifiques récents suggèrent qu’une fois la vie reproductive terminée, l’ovaire continue à se transformer.

Et l’une de ces transformations pourrait concerner l’immunité et l’inflammation.

D’un ovaire reproductif vers un profil davantage « immunitaire »

Une étude publiée en juin 2026 a comparé les ovaires de jeunes souris, de souris vieillissantes mais encore reproductivement actives et de souris ayant terminé leur vie reproductive.

Avec l’âge, les gènes associés aux fonctions reproductives devenaient moins actifs.

Cela n’était peut-être pas particulièrement surprenant.

Plus inattendu, les chercheurs ont également observé une augmentation de l’activité de certaines voies biologiques associées à l’immunité, à l’inflammation, au remodelage des tissus et à la fibrose, ainsi qu’une présence plus importante de certaines cellules immunitaires dans le tissu ovarien.

Les auteurs décrivent cette évolution comme le passage d’une identité principalement reproductive vers un profil davantage « immune-like », c’est-à-dire présentant davantage de caractéristiques associées à l’immunité.

L’ovaire ne devient pas littéralement un organe immunitaire.

Mais il ne semble pas non plus simplement « s’éteindre » ou devenir biologiquement inerte lorsque sa fonction reproductive prend fin. Son environnement cellulaire et moléculaire continue d’évoluer.

L’ovaire post-reproductif pourrait ainsi développer une activité biologique davantage liée au système immunitaire et produire des signaux capables d’agir localement et, potentiellement, ailleurs dans l’organisme.

Comment? Notamment par des mécanismes de signalisation paracrine et endocrine.

La signalisation paracrine se produit lorsque des molécules libérées par certaines cellules agissent sur des cellules ou tissus voisins. La signalisation endocrine implique elle des molécules qui passent dans la circulation sanguine et peuvent ainsi atteindre des organes plus éloignés.

Les chercheurs soulèvent donc une possibilité: l’ovaire post-reproductif pourrait-il contribuer, dans une certaine mesure, à des processus inflammatoires au-delà de l’ovaire lui-même, voire à certains processus biologiques associés au vieillissement?

À ce stade, cela reste une hypothèse.

Et il s’agit encore d’un domaine de recherche en pleine évolution.

La dimension inflammatoire de la pré-ménopause et de la ménopause

Ces résultats font également écho à un autre domaine de recherche: les modifications inflammatoires associées à la préménopause, cette période de transition qui précède la ménopause.

Les fluctuations puis la diminution progressive des œstrogènes s’accompagnent de changements dans de nombreux systèmes physiologiques influencés par ces hormones.

Une revue publiée dans le Journal of Neuroinflammation décrit par exemple la périménopause comme une période présentant des caractéristiques pro-inflammatoires, avec notamment une inflammation systémique chronique de bas grade et des modifications inflammatoires au niveau du système nerveux central.

Cette dimension inflammatoire peut interagir avec les changements hormonaux, le vieillissement et de nombreux autres facteurs, et contribuer à certaines des modifications observées au niveau du fonctionnement cérébral, de la cognition, de l’humeur et du sommeil, mais aussi de la santé osseuse, cardiovasculaire et métabolique.

Si le cerveau vous intéresse plus particulièrement, je recommande également le livre de la Dr Lisa Mosconi, The Menopause Brain.

Elle y propose une exploration riche et accessible de la manière dont le cerveau féminin évolue au cours de la ménopause, ainsi que des liens entre changements hormonaux, santé cérébrale, sommeil, stress, métabolisme et mode de vie.

Ce livre permet notamment d’aller au-delà de l’idée selon laquelle des manifestations comme le brouillard mental, les difficultés de concentration, la fatigue ou les troubles du sommeil seraient simplement « dans notre tête ».

 

Inflammaging et Inflammopause

Le terme inflammaging est aujourd’hui largement utilisé pour décrire l’inflammation chronique de bas grade associée au vieillissement.

J’ai également rencontré le terme, plus informel, d’« inflammopause », utilisé pour désigner l’augmentation de l’inflammation systémique chronique de bas grade qui pourrait survenir autour de la périménopause et de la ménopause.

Il reflète un domaine qui suscite un intérêt scientifique croissant.

Mais il reste parallèlement énormément de travail à accomplir pour combler les lacunes historiques de la recherche sur la santé des femmes en général et sur la ménopause en particulier.

En résumé, les recherches actuelles tendent de plus en plus à mettre en évidence une dimension inflammatoire de la périménopause et de la ménopause.

Cette réalité biologique peut aussi faire écho à ce que certaines femmes observent et ressentent dans leur propre corps à cette période de leur vie.

La transition ménopausique semble présenter des caractéristiques pro-inflammatoires. Des recherches émergentes suggèrent également qu’après la fin de la vie reproductive, l’ovaire lui-même continue à évoluer et pourrait développer un profil davantage lié à l’immunité.

L’inflammation constitue donc l’un des mécanismes à prendre en considération.

Mais elle n’explique pas tout.

La ménopause s’inscrit dans une réflexion beaucoup plus large et individualisée autour des symptômes, de l’histoire de santé, de la qualité de vie, du mode de vie, de l’environnement, des liens sociaux, de la santé à plus long terme et des différentes possibilités qui s’offrent à chaque femme.

Le traitement hormonal de la ménopause (THM) fait partie des options reposant sur des données scientifiques qui peuvent être envisagées pour certains symptômes associés à la ménopause.

Son indication dépendent de chaque femme, de son souhait et de sa situation individuelle. C’est une discussion à avoir avec un professionnel de santé qualifié.

Le Yoga et l’Ayurveda peuvent également s’inscrire dans cet accompagnement plus large, aux côtés d’une prise en charge médicale appropriée lorsqu’elle est nécessaire.

Accompagner la personne, non « la ménopause »

Comprendre la ménopause, sa physiologie et les changements qui peuvent l’accompagner est important.

Pourtant, chaque fois qu’une nouvelle étude apparaît sur les ovaires ou l’inflammation, nous pouvons être tentés de passer immédiatement à des questions comme:

« Quelles postures de Yoga soutiennent les ovaires? »

« Quelle pratique permet de réduire l’inflammation? »

Le Yoga reste bien entendu pertinent lorsqu’on parle d’inflammation.

Les recherches consacrées au Yoga et à différentes pratiques corps-esprit, notamment la méditation, les pratiques respiratoires et les interventions basées sur la pleine conscience, suggèrent que ces pratiques pourraient influencer certains marqueurs inflammatoires et immunitaires.

Cela mériterait d’ailleurs un article à part entière.

Ce qui me semble intéressant à questionner ici, c’est notre tendance à envisager la santé, le bien-être et la physiologie comme un ensemble de parties isolées les unes des autres.

Même le Yoga et l’Ayurveda peuvent aujourd’hui être enseignés de cette manière.

Connaître la ménopause n’est pas la même chose que savoir accompagner la personne qui la traverse.

Nous devons également prendre en compte différentes dimensions interconnectées: ses objectifs, son histoire, d’éventuelles blessures ou interventions antérieures, son niveau d’activité physique, son sommeil, sa digestion, sa santé métabolique, ses rythmes quotidiens, son environnement, ses relations, ses facteurs de stress… et ce qu’elle est en train de vivre à ce moment précis.

Beaucoup de ces facteurs peuvent également influencer les processus inflammatoires.

Et c’est quelque chose que j’observe très clairement chez les femmes que j’accompagne comme chez les professeures de Yoga que je forme.

Il y a une même période de périménopause ou de ménopause et des expériences complètement différentes, alors même que certains changements physiologiques sous-jacents sont similaires.

Pour certaines, la transition elle-même sera presque imperceptible, tandis que d’autres changements deviendront plus évidents après la ménopause.

L’une des expériences que rapportent fréquemment les pratiquantes et les femmes que j’accompagne est le sentiment de ne plus tout à fait se reconnaître: leur humeur semble différente, la concentration devient plus difficile, ou des questions autour de l’identité et du sens commencent à émerger.

Pour d’autres élèves, ce seront plutôt les bouffées de chaleur, les perturbations du sommeil ou les raideurs articulaires qui seront les manifestations les plus présentes.

Une élève peut également arriver dans un cours de Yoga à cette période de sa vie avec d’anciennes blessures, de l’arthrose, certaines limitations physiques ou encore des considérations cardiovasculaires qui nécessitent davantage d’attention.

Elle peut d’ailleurs avoir été spécifiquement orientée vers le Yoga.

Chaque personne arrive avec sa propre histoire.

Et ses propres besoins.

Beaucoup commencent à constater que leur pratique du Yoga a elle aussi besoin d’évoluer avec elles.

Comprendre la ménopause est important.

Mais nous enseignons à la personne qui traverse la ménopause, pas à « la ménopause » elle-même, ni à ses hormones.

Nos connaissances sur la ménopause nous aident à comprendre ce qu’il peut être pertinent d’observer et d’explorer.

L’échange, l’observation et une évaluation adaptée nous permettent ensuite de déterminer ce que nous allons faire de ces informations, notamment quels outils de Yoga ou de Yogathérapie, quelles adaptations et quelles modifications peuvent être appropriés pour cette personne en particulier.

Personnaliser la pratique plutôt que pratiquer « pour la ménopause »

Les pratiques de Yoga et les principes ayurvédiques appliqués à la ménopause peuvent être réellement précieux pendant cette transition et au fur et à mesure que nos besoins continuent d’évoluer.

Ils peuvent nous aider à développer davantage de résilience face au changement, proposer des manières de répondre à certains inconforts et soutenir la santé, la vitalité et nos capacités fonctionnelles pour les années à venir.

Mais j’observe aussi, encore et encore, que ces outils deviennent beaucoup plus pertinents lorsque nous les replaçons dans le contexte de la personne dans sa globalité et que nous les adaptons à ses besoins individuels, plutôt que de les appliquer comme des réponses standardisées à « la ménopause » ou à « l’inflammation ».

Je préfère donc commencer par observer la personne à travers différentes dimensions biologiques, psychologiques, sociales et environnementales:

  • Quels facteurs influencent cette personne et son état actuel, y compris son état inflammatoire?
  • Comment cette étape de vie s’exprime-t-elle chez elle?
  • Et comment la pratique pourrait-elle la soutenir?

Cela demande d’écouter et d’observer avant de choisir une pratique, puis d’en adapter le contenu, l’intensité, le rythme et la progression.

Et ce qui émerge n’est pas toujours physiquement visible.

Il peut également exister un besoin de retrouver des repères, de questionner ce qui a encore du sens, de créer davantage d’espace pour l’introspection ou simplement de revenir à soi.

C’est ici que le Yoga, la Yogathérapie lorsqu’elle reste ancrée dans ses fondements traditionnels, et l’Ayurveda deviennent particulièrement intéressants.

Le Yoga nous permet de ne pas réduire l’expérience au seul corps physique.

Le souffle, l’état intérieur, le mental, les émotions, les relations, l’environnement et la manière dont une femme vit cette transition font également partie de ce que nous pouvons observer et accompagner.

L’Ayurveda, que l’on peut traduire par connaissance ou science de la vie, attire lui aussi notre attention sur l’unicité de chaque personne.

Une même étape de vie ne se manifeste pas de manière identique chez deux personnes.

Et nos besoins peuvent également évoluer en fonction de notre constitution, de notre état actuel, de notre contexte, de nos rythmes, de notre environnement et du moment de vie que nous traversons.

Au-delà des hormones

Ces recherches nous rappellent que les hormones font partie d’un ensemble beaucoup plus vaste.

Les ovaires continuent à évoluer après la fin de la vie reproductive.

La transition ménopausique implique de multiples systèmes physiologiques.

Et comprendre ce qui se passe pour une femme en particulier peut aussi passer par une discussion éclairée avec son gynécologue ou un autre professionnel de santé qualifié autour de ses symptômes, de son histoire de santé et des différentes possibilités médicales qui s’offrent à elle.

La manière dont ces changements s’expriment reste profondément individuelle.

Le Yoga et l’Ayurveda nous invitent depuis longtemps à adopter cette vision plus large de la personne: adapter les pratiques aux différentes étapes de la vie, à notre état du moment, à nos rythmes et à notre environnement.

La recherche scientifique nous apporte des moyens de plus en plus précis pour comprendre la physiologie qui sous-tend ces transitions.

Et il reste encore beaucoup de choses que nous ne savons pas. Davantage de recherches sur la santé des femmes, la ménopause et l’ovaire post-reproductif sont nécessaires.

Les ajustements que nous pouvons apporter à notre propre mode de vie font également partie de cette vision plus globale et peuvent jouer un rôle important dans la manière dont nous traversons cette période de la vie.

Le Yoga et l’Ayurveda nous offrent d’autres lectures à travers lesquels observer la personne dans sa globalité et individualiser notre manière de pratiquer et d’enseigner.

Ces différentes perspectives peuvent se compléter et s’enrichir mutuellement.

Comprendre la physiologie de la ménopause nous donne le contexte.

Comprendre la personne nous aide à savoir comment l’accompagner.

Sources et références

Post-reproductive ovary and immune-related changes

Aubrey Converse, Shweta S Dipali, Ian P Schowe, Emmett B Kelly, Shivani S Jambunathan, Sarah R Ocañas, Michael B Stout, Michele T Pritchard, Francesca E Duncan, The post-reproductive ovary shifts from a reproductive to an immune-like organ, Molecular Human Reproduction, Volume 32, Issue 2, 2026, gaag038, https://doi.org/10.1093/molehr/gaag038

On the menopause and the brain

Mosconi L. The Menopause Brain: New Science Empowers Women to Navigate the Pivotal Transition with Knowledge and Confidence. New York: Avery; 2024.

Perimenopause and inflammation

McCarthy M, Raval AP. The peri-menopause in a woman’s life: a systemic inflammatory phase that enables later neurodegenerative disease. J Neuroinflammation. 2020 Oct 23;17(1):317. doi: 10.1186/s12974-020-01998-9. PMID: 33097048; PMCID: PMC7585188.

Science. After menopause, ovaries may transform into organs with immune powers.

Yoga, immunity and inflammatory markers

Mishra B, Agarwal A, George J A, et al. (April 03, 2024) Effectiveness of Yoga in Modulating Markers of Immunity and Inflammation: A Systematic Review and Meta-Analysis. Cureus 16(4): e57541. doi:10.7759/cureus.57541

 

 

Auteur de cet article: Aurélie Maire

Aurélie Maire est auteure et enseignante spécialisée en santé intégrative de la femme. Elle s’appuie sur une formation scientifique en biochimie et en nutrition humaine, ainsi que sur une étude approfondie et de nombreuses formations en Yoga, Yogathérapie et Ayurveda, abordés à travers leurs sciences, philosophies et pratiques traditionnelles.

Elle est la fondatrice d’EndoYoga® et de l’École de Yogathérapie & Ayurveda spécialisées pour la santé de la femme.

Son travail porte principalement sur l’endométriose, la ménopause et la santé de la femme, en intégrant sciences contemporaines, Yoga, Yogathérapie et Ayurveda à travers son enseignement, ses formations et l’accompagnement individuel.

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