Pas de culpabilité à prendre du temps pour les loisirs, l’art, la créativité à la (péri)ménopause: ils soutiennent aussi votre biologie et votre longévité cellulaire

À partir de 40 ans, l’art et la créativité ralentiraient le vieillissement cellulaire. Lecture croisée d’une étude récente, du yoga et de l’Ayurveda.

Points clés en une respiration

Si vous n’avez qu’une minute:

  • L’engagement artistique et culturel (concerts, musées, lecture, musique, activités créatives) est associé à un ralentissement du vieillissement biologique (mesure par l’épigénétiques).
  • L’ampleur de cet effet est comparable à celle de l’activité physique régulière.
  • Les associations sont plus marquées chez les adultes à partir de 40 ans.
  • Ce sont des associations, pas une preuve de causalité directe.
  • Cette étude vient rappeler la lecture globale et holistique proposée par le yoga et l’Ayurveda sur notre santé, notre bien-être et notre vitalité. Une vitalité interconnectée à plusieurs plans à la fois: le corps, le mental, l’émotionnel. le lien aux autres et à la nature, le sens. Et la créativité.

Voilà l’essentiel en un paragraphe. Le reste de cet article détaille la lecture de l’étude, ses limites, et ce que cela peut nourrir dans notre pratique et dans notre enseignement.

Quand on parle de longévité aujourd’hui, c’est souvent autour du « strength training », des suppléments, de l’alimentation, parfois du sommeil, du repos et de la récupération, de la gestion du stress. Encore moins souvent autour du sens et des relations.

Et je crois avoir vu cela pour la première fois dans une étude scientifique: les loisirs, l’art, la créativité, mis en lien direct avec le vieillissement biologique.

Des chercheurs de l’University College London, sous la direction de la Professeure Daisy Fancourt, ont publié en mai 2026 dans Innovation in Aging une analyse portant sur 3 556 adultes au Royaume-Uni. Ils ont étudié l’influence des activités de loisirs, artistiques et culturelles, sur notre vieillissement biologique mesuré au niveau cellulaire.

L’étude

Population

3 556 adultes au Royaume-Uni, suivis dans une enquête nationale représentative. Les échantillons sanguins ont été collectés entre 2010 et 2012. Les analyses ont porté sur les données épigénétiques issues de ces échantillons, croisées avec les déclarations des participants sur leurs activités de loisirs.

La cohorte est hétérogène: âges, niveaux socio-économiques, modes de vie. Les effets observés étaient plus marqués chez les adultes à partir de 40 ans.

Intervention

Les chercheurs ont observé deux ensembles d’activités:

  • L’engagement artistique et culturel: aller à un concert, au musée, au théâtre, lire, faire de la musique, pratiquer une activité créative.
  • L’activité physique: fréquence, diversité et niveau d’engagement actif. Le Yoga était dans cette catégorie…

Pour chacune, ils ont examiné non seulement la fréquence, mais aussi la diversité des activités. Faire la même chose souvent, ou faire des choses variées, ne produit pas forcément les mêmes effets sur le corps et l’esprit.

Une note utile pour nous: dans cette étude, le yoga est généralement classé comme activité physique d’intensité modérée. Il pourrait tout aussi bien être classé du côté culturel et contemplatif.

Comparaison

La comparaison s’est faite entre les personnes plus engagées et celles moins engagées dans ces activités, en ajustant d’autres facteurs comme l’âge, le sexe, le statut socio-économique, et certaines variables de santé.

Critères d’évaluation

Sept horloges épigénétiques différentes, mesurant la vitesse à laquelle nos cellules vieillissent à travers les modifications de la méthylation de l’ADN. Trois de ces horloges (PhenoAge, DunedinPoAm, DunedinPACE) ont montré des associations significatives. Les quatre autres n’ont pas montré d’effet.

Ce qu’ils ont trouvé

Les personnes plus engagées dans des activités artistiques et culturelles présentaient un rythme de vieillissement biologique ralenti.

Les auteurs rapportent des effets modestes mais cohérents à travers leurs analyses, et confirmés par plusieurs mesures d’engagement (fréquence et diversité des activités).

L’activité physique produisait un effet du même ordre de grandeur, ce qui était attendu.

Ce qui est plus inattendu, c’est que s’adonner à une activité artistique a un effet comparable à celui de l’activité physique seule.

Et les effets restaient présents même après ajustement pour les variables socio-économiques.

L’effet était plus marqué à partir de la quarantaine et au-delà. C’est-à-dire aussi à un moment de transition pour les femmes, avec la pré-ménopause et la ménopause qui peuvent changer, voire perturber, notre vitalité.

Pourquoi ces effets?

L’étude ne mesure pas directement les mécanismes, mais les auteurs évoquent plusieurs hypothèses:

  • Une stimulation cognitive régulière
  • Un lien social entretenu
  • Une réduction du stress chronique
  • Un sens, une présence, un engagement dans quelque chose qui nous nourrit et nous intéresse

Ces bénéfices ne sont pas juste du bien-être. Ils s’inscrivent en réalité dans notre biologie au niveau cellulaire.

Les limites de l’étude

  • Une étude observationnelle, pas un essai randomisé. On observe une association, on ne démontre pas une causalité directe. Il est possible que les personnes en meilleure santé biologique soient simplement plus enclines à fréquenter musées et concerts, et non l’inverse.
  • Une seule mesure dans le temps. Les données proviennent d’une fenêtre de prélèvement entre 2010 et 2012, sans suivi épigénétique répété à long terme.
  • Une population homogène culturellement. La cohorte est britannique, potentiellement cosmopolite. La manière dont l’art s’exprime, ou la place qu’il occupe dans une vie, varie d’une culture à l’autre.
  • Le yoga n’est pas isolé dans l’étude. Il est présent à travers les variables d’activité physique, mais il n’est pas étudié de manière isolé. Ce que le yoga propose traverse plusieurs des dimensions que les auteurs identifient comme protectrices.

Ces limites ne disqualifient pas les résultats. Elles nous invitent à les recevoir comme des éléments de discernement et de nuances à intégrer.

Le lien avec le Yoga et l’Ayurveda

Le yoga et l’Ayurveda, comme système complet et science de la vie, proposent que la vitalité, notre santé et notre bien-être sont influencés et interdépendants de plusieurs plans à la fois.

Le corps, le mental, l’émotionnel, le lien à soi, aux autres, à la nature. Mais aussi le sens et la créativité.

Et cette dimension de la créativité rejoint ce que l’Ayurveda nous enseigne sur les étapes de la vie.

L’Ayurveda décrit la vie humaine en grandes phases. La phase Pitta, celle de la moitié de notre vie, est celle de l’action dans le monde, de la construction, du service aux autres, de la matière, de la productivité, de la responsabilité. Pour beaucoup de femmes, c’est aussi la phase d’une expression créatrice intense, à travers le corps, à travers la maternité quand elle est présente, à travers une vocation, une carrière, un engagement.

Puis vient la phase Vata, à partir de la ménopause. Une phase où l’énergie ne se déploie plus de la même manière. Le mouvement intérieur prend plus de place. L’introspection, la contemplation, le sens, deviennent des terrains plus présents.

Pour les femmes, ce qui se déployait jusque-là à travers la fonction génitrice, ou simplement à travers une vie tournée vers l’extérieur et le service, peut prendre une autre forme. L’énergie créatrice est toujours là. Elle change simplement de canal ou de mode d’expression.

C’est à ce moment de la vie qu’une nouvelle créativité peut s’exprimer, dans toutes ses formes, et celles qui résonnent le plus pour vous. Dessiner. Aller au musée. Jardiner. Cuisiner. Jouer d’un instrument. Écrire.

Photographier, aussi. Un art que j’ai retrouvé moi-même récemment, après l’avoir quitté quand j’ai commencé mes études.

La période de la post-ménopause peut aussi correspondre à plus de temps à consacrer à des activités qui nous plaisent, et finalement nous font du bien biologiquement. Et c’est tant mieux!

On devrait aussi plus en parler dans les années précédant la ménopause et s’autoriser à prendre du temps pour soi, s’adonner à des activité de loisirs, et d’art créatifs. Sans culpabilité!

Que la science aujourd’hui dévoile l’importance des activité de loisir, d’art et de créativité sur notre biologie et notre vieillissement cellulaire rejoint le regard ayurvédique sur la vie.

Pour les professeurs de Yoga

Pour votre enseignement, vous pouvez intégrer cette nuance dans vos conversations avec vos élèves. Le yoga n’est pas seulement une pratique physique. La manière dont nous vivons en dehors du tapis, ce que nous lisons, ce que nous écoutons, qui nous fréquentons, ce qui nous émerveille, fait partie de ce qui soutient une vie longue, vivante, ancrée.

Dans vos ateliers et vos cercles

Vous pouvez proposer des activités créatrices: mandalas, yantras, poésie, écriture réflexive. Ce sont des moments précieux d’expression créative, de présence à soi, de lien à l’autre, qui intègrent plusieurs dimensions du yoga, tout en soutenant la vitalité de vos cellules.

À retenir en pratique

Pour celles qui traversent la prèménopause, la ménopause, ou qui pensent à la longévité en termes très optimisés:

  • L’activité physique compte. Cela reste vrai et solide.
  • Et il y a une dimension qu’on néglige souvent. Les loisirs et l’art, et les arts créatifs: aller au musée, faire de la musique, écouter un concert, dessiner, écrire, la poésie, tout ce qui nous nourrit intellectuellement, esthétiquement et plus subtilement compte plus qu’on ne le pensait.
  • Une vie qui fait de la place à ce qui nous nourrit et nous intéresse vraiment, la beauté, le lien, la curiosité, l’expression, pourrait bien être l’un des outils les plus sous-estimés de notre longévité.

Pas de culpabilité à prendre du temps pour ce qui vous nourrit. Aller voir une exposition, lire un livre, passer une heure dans son atelier, écouter de la musique, jardiner…

C’est du temps qui soutient votre santé, votre vitalité, et la manière dont vous traversez les années.

Vieillir en bonne santé, c’est habiter pleinement le temps qui nous est donné. Pas seulement le prolonger.

Référence

Fancourt, D., Masebo, L., Finn, S., Mak, H. W., & Bu, F. (2026). Does leisure activity matter for epigenetic aging? Analyses of arts engagement and physical activity in the UK Household Longitudinal Study. Innovation in Aging, igag038.

Auteur de cet article: Aurélie Maire

Aurélie Maire est yogathérapeute, auteure et éducatrice experte en santé intégrative de la femme, avec une formation scientifique en biochimie et en nutrition. Elle est la fondatrice de l’École de Yogathérapie et Ayurveda pour la Femme et d’EndoYoga®. Aujourd’hui, elle enseigne, forme et accompagne autour de l’endométriose, de la ménopause et de la santé des femmes, à la croisée de la science, du Yoga et de l’Ayurveda.

Étudier et pratiquer avec Aurélie Maire

 

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