Cet article fait partie d’une série consacrée à la recherche en yoga et à la science du yoga. Pour les professeures et pratiquantes de yoga qui veulent une lecture claire et accessible sur la recherche en yoga et la science du yoga, appliquées à la santé des femmes. 

On peut lire le titre d’une étude sur le Net ou Insta, et avoir envie de le partager à son tour ou de le transmettre à nos élèves. Ou de faire l’inverse. De ne pas le partager parce qu’on ne sait pas si l’étude est suffisamment solide et crédible.

Voici ce qu’une méta-analyse de 2025, portant sur 2 028 femmes à travers 24 essais randomisés, a donné comme conclusion sur les effets du yoga à la ménopause.

Points clés en une respiration

Si vous n’avez qu’une minute:

  • Le yoga a amélioré de façon significative le sommeil, l’anxiété, la dépression, la tension artérielle, l’IMC, et l’ensemble plus large des symptômes psychologiques, somatiques et urogénitaux que les femmes traversent à la ménopause:
  • Le yoga n’a pas réduit significativement les bouffées de chaleur.
  • Le yoga n’a pas modifié de façon significative la qualité de vie globale comme score unique.
  • L’effet clinique sur la tension artérielle est réel et cliniquement significatif.
  • Les auteurs eux-mêmes présentent le yoga ici comme faisant partie d’une approche intégrative des soins en ménopause.
  • Une méta-analyse ne peut pas mesurer comment la relation d’une femme à ses symptômes change. La pratique du yoga peut transformer son rapport à la périménopause et à la ménopause d’une manière complètement nouvelle.

Voilà ce qu’il faut en retenir en un paragraphe. Le reste de cet article détaille les points de cette étude, ce qu’il faut faire de ce résultat nuancé, et comment en parler avec les élèves qui demandent si le yoga peut aider en pré-ménopause ou en ménopause.

L’étude

C’est une revue systématique et une méta-analyse d’essais cliniques randomisés. Cela la place près du sommet de l’échelle des preuves et montre sa fiabilité.

Population

9 bases de données interrogées jusqu’en août 2024. 24 essais cliniques randomisés. 2028 femmes en ménopause au total.

La cohorte de femmes était hétérogène: âges différents, étapes différentes (périménopause, ménopause, postménopause), pays différents, niveaux de symptômes au départ différents.

Intervention

L’intervention regroupée sous le terme « yoga » est hétérogène. Les différents essais ont testé des combinaisons variées d’asana, de pranayama et de méditation, avec des durées et des styles différents (restauratif, dynamique…). Certains duraient 8 semaines, d’autres 12. La fréquence pouvait aller de 3 séances par semaine à 1 seule fois. Les résultats soutiennent la pratique du yoga au sens large, pas un  »protocole » spécifique.

Comparaison

La plupart des essais inclus comparaient le yoga aux prises en charge medicales habituelles. Quelques-uns utilisaient des comparateurs actifs comme l’exercice physique ou l’éducation à la santé.

Critères d’évaluation

Dix critères, mesurés avec des questionnaires validés (le Menopause Rating Scale, le Pittsburgh Sleep Quality Index, le Hamilton Anxiety Rating Scale) et des mesures physiologiques (tension artérielle, IMC).

Ce qu’ils ont trouvé

Le yoga a permis des améliorations statistiquement significatives sur:

  • Les symptômes de ménopause dans leur ensemble
  • Les symptômes psychologiques
  • Les symptômes somatiques
  • Les symptômes urogénitaux
  • La qualité du sommeil
  • L’anxiété
  • Les symptômes dépressifs
  • L’IMC (indice de masse corporelle)
  • La tension artérielle systolique et diastolique

Les résultats sur la tension artérielle méritent qu’on s’y arrête. Environ 6,5 mmHg en systolique et 5 mmHg en diastolique par rapport aux groupes contrôle. Ce sont des chiffres cliniquement significatifs, dans la fourchette de ce qu’on observerait avec des changements alimentaires ou un exercice physique en aérobie modéré. Pour une femme dont la tension monte à la quarantaine ou la cinquantaine, c’est plutôt encourageant.

Le yoga n’a pas modifié significativement:

  • Les bouffées de chaleur
  • La qualité de vie globale comme score unique

C’est assez intéressant d’ailleurs. Le symptôme le plus associé à la ménopause dans l’imaginaire collectif, les bouffées de chaleur, ne s’est pas amélioré significativement par rapport aux groupes contrôle dans cette analyse. Et la qualité de vie comme score unique n’a pas bougé non plus. Une nouvelle fois, on ne sait pas ce que comprenait le « Yoga », et si des dimensions comme les Yamas, les Niyamas, les couches de l’intellect et de l’intuition, des pensées et des émotions, d’unité avec les koshas étaient intégrées. Certainement pas. Ni le regard plus positif de l’Ayurveda sur cette transition naturelle vers l’Age d’Or.

Les limites de l’étude

  • Hétérogénéité de l’intervention yoga. Les 24 essais n’ont pas tous testé le même yoga avec des styles différents et des durées et des fréquences différentes. On peut dire que le yoga aide, sous ses formes diverses. On ne peut pas dire quelle forme aide le plus.

  • Comparateurs majoritairement faibles. En recherche, on évalue une intervention en la comparant à autre chose. Plus le comparateur est exigeant, plus le résultat est solide. La majorité des essais inclus comparaient le yoga aux soins habituels. Quelques-uns à un comparateur comme l’exercice, ou l’éducation, mais les effets étaient là moins constants.

  • Qualité méthodologique variable. Plusieurs études inclues présentaient des fragilités comme la transparence sur les abandons en cours d’étude.

  • Suivi majoritairement court. Beaucoup d’essais mesuraient les résultats à la fin de l’intervention. Que les effets persistent à six mois, un an, ou plus, n’est pas encore bien documenté.

  • Biais culturel et régional. Une part importante des essais inclus venait d’Inde et d’autres contextes asiatiques. Les résultats peuvent se transposer aux femmes dans d’autres contextes culturels, mais on ne le sait pas avec certitude.

Ca ne disqualifie pas les résultats, mais cela invite à les nuancer. Plusieurs facteurs distinguent aussi ces populations:

  • L’âge de la ménopause. Les femmes sud-asiatiques atteignent souvent la ménopause plus tôt que les femmes occidentales.
  • La perception culturelle de la ménopause. Dans certains contextes, elle est vécue comme un passage de libération sociale.
  • Le mode de vie, le stress vécu ou perçu, l’alimentation, le lieu de vie, le rapport culturel à la ménopause. Tous ces facteurs influencent les symptômes eux-mêmes et la manière dont on perçoit son vécu et dont le le corps y répond.

Conclusions de l’étude 

Les auteurs concluent que le yoga est associé à des améliorations significatives sur la plupart des symptômes de ménopause et plusieurs marqueurs physiologiques, à l’exception des bouffées de chaleur et de la qualité de vie globale comme score unique. Ils appellent à plus d’essais rigoureux avec des comparateurs actifs, un suivi plus long, et des descriptions d’intervention yoguique plus claires.

Pour les professeurs de yoga: que dire à vos élèves en pré-ménopause et ménopause

Voici une phrase que vous pouvez offrir à une élève:

Le yoga, à travers deux mille femmes dans des essais randomisés, produit des améliorations significatives sur le sommeil, l’humeur, l’anxiété, la dépression, la tension artérielle, et l’ensemble plus large des symptômes psychologiques, somatiques et urogénitaux que les femmes portent dans cette transition. Pour les bouffées de chaleur spécifiquement, les données sont plus mitigées et les études varient en qualité et dans la façon dont le « yoga » est défini.

Il y a aussi quelque chose que la méta-analyse ne peut pas voir. Si vous vivez ou avez autour de vous des élèves concernées par la pré-ménopause ou ménopause, vous avez peut-être observé que leur rapport aux bouffées de chaleur, ou au vécu de la ménopause, change souvent avec la pratique, même quand les bouffées elles-mêmes persistent. Et puis, la pratique agit sur plusieurs systèmes à la fois. La méthodologie des essais cliniques, elle, mesure souvent une chose à la fois.

À retenir en pratique

Pour votre enseignement:

  • Parlez avec confiance des effets du yoga sur le sommeil, l’humeur, l’anxiété, la dépression et la tension artérielle chez les femmes en ménopause. Les résultats convergent pour le soutenir.
  • Pour les bouffées de chaleur plus spécifiquement, les données sont plus mitigées. Cela ne vous empêche pas de partager votre expérience et votre observation. « Ce que je vois dans la salle, c’est… » ou « Certaines élèves trouvent que… »
  • Le résultat sur la tension artérielle vaut la peine d’être connu si vous enseignez à des femmes en pré-ménopause ou ménopause. Une baisse de 6,5/5 mmHg est cliniquement significative, et beaucoup de vos élèves ont une tension qu’elles essaient de gérer.
  • Notez que le « yoga » dans cette étude veut dire beaucoup de choses. Les preuves soutiennent la pratique comme catégorie, pas un style ou untemps minimum de pratique en particulier.

    Une note avant de clôturer

    Il y a une conversation plus longue qu’on n’a pas eue ici. Le yoga est bien plus que ses effets physiques ou de santé, et les lignes qu’il faudrait ajouter à cet article pour rendre justice à cela feraient un article bien trop long.

    Et finalement de mon côté, peu importe les recherches et leurs résultats. Je sais que je reviens au yoga, encore et encore, et à quel point il m’aide à naviguer dans ma vie, y compris maintenant en périménopause. Je continuerai à y revenir, que la science prouve ou non telle ou telle affirmation. Je le sais, tout simplement.

    Références

    Wang, H., Liu, Y., Kwok, J. Y. Y., Xu, F., Li, R., Tang, J., Tang, S., & Sun, M. (2025). The effectiveness of yoga on menopausal symptoms: A systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials. International Journal of Nursing Studies, 161, 104928. PMID: 39467491.


    Auteur de cet article: Aurélie Maire

    Aurélie Maire est yogathérapeute, auteure et éducatrice experte en santé intégrative de la femme, avec une formation scientifique en biochimie et en nutrition. Elle enseigne, forme et accompagne autour de l’endométriose, de la ménopause et de la santé des femmes, à la croisée de la science, du Yoga et de l’Ayurveda.


     

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