Après la fin de leur fonction reproductive, les ovaires ne semblent pas simplement devenir inactifs. De nouvelles recherches suggèrent qu’ils acquièrent progressivement une activité davantage liée à l’immunité et à l’inflammation.

Chez la souris, l’ovaire post-reproductif présente une signature immunitaire dominante. Des données humaines récentes montrent également que le tissu ovarien continue à se remodeler pendant les décennies qui suivent la ménopause.

On a longtemps considéré les ovaires comme un organe devenu relativement inactif après la ménopause: il n’ovule plus, la réserve de follicules est épuisée et la production ovarienne d’estradiol et de progestérone chute complètement.

Mais notre compréhension évolue. Le corps ne continue de nous surprendre. 

Les résultats d’une nouvelle étude scientifique suggèrent qu’après la fin de la vie reproductive, l’ovaire continue à se transformer. Et l’une de ces transformations pourrait concerner l’immunité et l’inflammation.

 

De l’ovaire reproductif vers une identité plus immunitaire

Une étude publiée en juin 2026 a comparé les ovaires de souris jeunes, vieillissantes mais encore reproductives, et post-reproductives.

Avec l’âge, les gènes associés aux fonctions reproductives deviennent moins actifs. On pouvait légitimement s’y attendre.

Mais les chercheurs ont également observé davantage de voies biologiques associées à l’immunité, à l’inflammation, au remodelage des tissus et à la fibrose, ainsi qu’une présence accrue de certaines cellules immunitaires dans le tissu ovarien.

Les auteurs décrivent ainsi un glissement d’une identité principalement reproductive vers une identité davantage « immune-like » ou immunitaire.

L’ovaire ne devient pas pour autant littéralement un organe du système immunitaire. Mais il ne semble pas non plus simplement « s’éteindre » ou devenir inerte après la ménopause: son environnement cellulaire et moléculaire continue à évoluer.

Les ovaires pourraient ainsi développer une activité davantage liée au système immunitaire et produire des signaux capables d’agir localement ou, potentiellement, à distance dans l’organisme.

On parle d’action paracrine (lorsque ces molécules agissent sur les cellules ou tissus voisins) et d’action endocrine qui implique qu’elles passent dans la circulation et puissent atteindre des organes plus éloignés.

Les chercheurs se demandent donc si l’ovaire post-reproductif pourrait participer, dans une certaine mesure, à des processus inflammatoires au-delà de l’ovaire lui-même et potentiellement à certains processus associés au vieillissement.

À ce stade, cela reste une hypothèse. L’étude a été menée chez la souris et nous ne savons pas encore quelle serait l’importance de ce phénomène chez la femme.

Une dimension inflammatoire autour de la ménopause

Cette découverte fait écho à un autre domaine de recherche autour de la pré-ménopause, la période de transition vers la ménopause.

Les fluctuations puis la diminution des œstrogènes s’accompagnent de changements dans de nombreux systèmes sur lesquels ces hormones exercent habituellement une influence.

Une revue publiée dans le Journal of Neuroinflammation décrit notamment la préménopause comme une période présentant des caractéristiques pro-inflammatoires, avec une inflammation de bas grade au niveau systémique et des modifications inflammatoires au niveau du système nerveux central.

Cette dimension inflammatoire peut contribuer, avec les changements hormonaux, le vieillissement et d’autres facteurs, aux changements observés au niveau du cerveau, de la cognition, de l’humeur et du sommeil, mais aussi de la santé osseuse, cardiovasculaire et métabolique.

On parle d’ailleurs d’inflammaging pour désigner l’inflammation chronique de bas grade (autrement dit de faible intensité) associée au vieillissement. Comme ménopause et inflammaging peuvent se croiser à cette période de vie, j’ai vu aussi utiliser le terme « Inflammopause » pour décrire l’augmentation d’une inflammation systémique chronique de faible intensité observée autour de la périménopause et de la ménopause.

En bref, les recherchent aujourd’hui tendent vers un caractere inflammatoire de la ménopause et de la périménopause. Une réalité biologique qui peut aussi trouver un écho dans ce que certaines observent et ressentent dans leur corps à cette période de vie.

La transition vers la ménopause présente des caractéristiques pro-inflammatoires. Et de nouvelles données suggèrent qu’après la fin de la reproduction, l’ovaire lui-même pourrait acquérir une identité davantage immunitaire et contribuer à certains signaux pro-inflammatoires.

L’inflammation est donc l’un des mécanismes à considérer.

Elle n’explique pas tout.

 

Enseigner à la personne, pas à la ménopause

Comprendre la ménopause, sa physiologie et les changements qui peuvent l’accompagner est important.

Mais face à une nouvelle découverte sur les ovaires ou l’inflammation, il peut être tentant de passer immédiatement à: « Quelle posture pour soutenir les ovaires? » ou « Quelle pratique pour réduire l’inflammation? »

C’est cette manière de regarder notre santé, bien-être et physiologie par parties isolées que je trouve intéressante à questionner.

Même le Yoga et l’Ayurveda peuvent aujourd’hui être enseignés de cette façon.

Connaître la ménopause ne suffit pas non plus pour savoir comment accompagner la personne qui la traverse.

Nous avons aussi besoin de regarder de nombreuses couches interconnectées: son parcours, ses éventuelles blessures ou interventions passées, son niveau d’activité, son sommeil, sa digestion, mais aussi son quotidien, son environnement et ce qu’elle traverse actuellement. Ce qui peut influencer l’inflammation. 

Deux femmes en pré-ménopause ou ménopause peuvent vivre quelque chose de très différent, et avoir une expression différente des changements qui s’opèrent naturellement, ou de l’inflammation.

Pour certaines, la transition vers la ménopause sera à peine perceptible. 

Certaines ont l’impression de ne plus tout à fait se reconnaître: humeur différente, questionnements autour de son identité, difficultés de concentration…

Pour d’autres, elles sont surtout gênées par les bouffées de chaleur, le sommeil ou des raideurs articulaires.

Une élève peut aussi arriver en cours à cette période avec d’anciennes blessures, de l’arthrose, certaines limitations physiques ou un contexte métabolique ou cardiovasculaire qui demande davantage d’attention. On lui a peut-être d’ailleurs conseillé de faire du yoga. 

Chacune arrive avec son histoire. Et ses besoins. 

Comprendre la ménopause compte, sans aucun doute.

Mais nous enseignons à la personne qui vit la ménopause, pas à la ménopause (ni aux hormones d’ailleurs).

Connaître la ménopause nous aide à savoir ce qu’il est pertinent de comprendre et d’observer.

L’échange, l’observation et l’évaluation de la personne nous aident à savoir quoi faire de cette information.

 

Personnaliser plutôt que pratiquer « pour la ménopause »

La question n’est donc pas simplement de savoir quelle posture proposer « pour la ménopause », les bouffées de chaleur ou les douleurs articulaires. 

Bien sûr, nos pratiques de Yoga et les principes issus de l’Ayurveda ciblés sont de précieux pilliers pendant cette transition et à la ménopause: plus de résilience pour naviguer certains changements avec plus d’aisance et sérénité, soulager des inconforts, mais aussi prendre soin de sa santé, de sa vitalité et de ses capacités pour les années qui suivent.

Ils prennent encore davantage de sens lorsque nous les replaçons dans l’ensemble de la personne et que nous les adaptons à ses besoins, plutôt que de les appliquer comme une réponse standard à « la ménopause » ou à l »inflammation ».

Je préfère aussi partir d’autres questions:

Quels sont les facteurs qui influencent cette personne, et son état inflammatoire? Comment cette période se manifeste-t-elle chez elle? Et comment la pratique peut-elle la soutenir?

Cela demande d’écouter et observer avant de choisir la pratique, puis d’en ajuster le contenu, l’intensité, le rythme et la progression.

Et ce qui émerge n’est pas toujours visible physiquement. Il peut aussi y avoir le besoin de retrouver des repères, de questionner ce qui a encore du sens, de créer davantage d’espace pour l’introspection ou simplement de se reconnecter à soi-même.

C’est là que l’approche du Yoga, de la Yogathérapie (dans son essence traditionnelle) et de l’Ayurveda prend tout son sens.

Le Yoga nous permet de ne pas réduire l’expérience au seul corps physique. Le souffle, l’état intérieur, le mental, les émotions, la relation aux autres, à son environnement et la manière dont une femme vit cette transition font aussi partie de ce que nous observons et accompagnons.

L’Ayurveda (la science ou connaisance de la vie) apporte elle aussi cette attention à l’unicité de la personne: une même période de vie ne se manifeste pas de façon identique chez deux personnes, et nos besoins peuvent évoluer avec notre contexte, nos rythmes et le moment.

Au-delà des hormones

Ces recherches nous montrent que les hormones font partie d’un ensemble plus vaste.

Les ovaires continuent à évoluer après la fin de la période reproductive, à la ménopause. La transition à la ménopause implique plusieurs systèmes. Et son expression est profondément individuelle.

Le Yoga et l’Ayurveda nous avaient déjà ouvert la voie vers cette lecture globale de la personne, en nous invitant à adapter nos pratiques aux différentes étapes de la vie, à notre état du moment, à nos rythmes et à notre environnement.

Comprendre la physiologie de la ménopause nous donne un contexte.

Comprendre la personne nous aide à savoir comment l’accompagner.

Sources et références 

Converse A, et al. The post-reproductive ovary shifts from a reproductive to an immune-like organ. Molecular Human Reproduction. 2026;32(2). DOI: 10.1093/molehr/gaag038.

Site internet: https://www.science.org/content/article/after-menopause-ovaries-may-transform-organs-immune-powers

McCarthy M, Raval AP. The peri-menopause in a woman’s life: a systemic inflammatory phase that enables later neurodegenerative disease. Journal of Neuroinflammation. 2020;17:317. DOI: 10.1186/s12974-020-01998-9.

 

Auteur de cet article: Aurélie Maire

Aurélie Maire est auteure et éducatrice experte en santé intégrative de la femme, avec un parcours scientifique en biochimie et en nutrition et au Yoga, à la yogathérapie et l’Ayurda étudiés dans leurs science, philosophies et pratiques traditionnelles. Elle est la fondatrice de l’EndoYoga® et de l’École de Yogathérapie et Ayurveda pour la Femme. Aujourd’hui, elle enseigne, forme et accompagne autour de l’endométriose, de la ménopause et de la santé des femmes, à la croisée de la science de la Vie, du Yoga et de l’Ayurveda.

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