Endométriose: ce que la plus grande étude génétique jamais réalisée vient confirmer (et ce qu’elle ne dit pas encore)

Et ce que cela change, ou ne change pas, dans notre façon d’accompagner nos élèves.

L’essentiel

  • Une étude publiée dans Nature Genetics en avril 2026, menée sur près de 1,4 million de femmes, confirme que l’endométriose est une maladie systémique, pas seulement une affaire de lésions pelviennes.
  • Les symptômes « non pelviens » comme la fatigue, l’anxiété, les migraines, les troubles digestifs, font partie intégrante de la biologie de la maladie, et non des effets collatéraux.
  • Le génome n’est pas un destin : l’environnement, l’alimentation, le stress, le sommeil, les rythmes de vie modulent l’expression de la maladie.
  • Cette vision interconnectée rejoint ce que le yoga et l’Ayurveda portent depuis des millénaires.
  • Notre rôle de professeure: traduire cette compréhension en pratiques concrètes, ciblées et personnalisées, que la femme peut s’approprier dans son quotidien. C’est ce que nous formons en EndoYoga.

J’ai pris le temps, ces derniers jours, de relire en profondeur une étude publiée fin avril dans Nature Genetics. C’est la plus grande étude génétique jamais menée sur l’endométriose, et c’est rare qu’une étude de cette envergure transforme aussi clairement la conversation médicale autour d’une maladie.

Je voulais en parler ici, plus posément. Ce qu’elle dit. Ce qu’elle ne dit pas encore. Et faire le pont entre ces résultats et notre approche holistique, la pratique et l’enseignement du yoga.

À propos de l’étude

Les chercheurs ont analysé les données génétiques de près de 1,4 million de femmes, dont plus de 105 000 atteintes d’endométriose confirmée. C’est, à ce jour, la plus grande étude génétique sur cette maladie. Ils ont identifié 80 régions du génome associées au risque de développer l’endométriose, dont 37 nouvelles découvertes. Cela double presque la carte génétique connue de la maladie.

L’étude a aussi identifié cinq régions génétiques partagées avec l’adénomyose, ce qui aide à comprendre pourquoi ces deux conditions cohabitent si souvent chez une même femme.

Mais le plus important n’est pas seulement le nombre de régions identifiées. C’est aussi ce que la méthode utilisée a permis de voir.

Le mot à connaître: multi-omics

Les chercheurs n’ont pas seulement regardé l’ADN. Ils ont utilisé une approche appelée multi-omics, qui croise plusieurs niveaux d’analyse : la génétique (l’ADN), la protéomique (les protéines produites), et l’analyse des tissus.

C’est une manière de regarder la biologie comme un réseau plutôt que comme une liste de gènes isolés. La question n’est plus autant de savoir quel gène?, que de savoir quel gène, dans quel tissu, produisant quelle protéine, dans quel contexte?

Et ce que cette approche a révélé est ce qui change la compréhension de l’endométriose.

Une maladie systémique, pas une simple question de localisation des lésions

Jusqu’ici, l’endométriose était définie principalement par la localisation des lésions, le plus souvent dans la région pelvienne. Le diagnostic, les traitements et les approches thérapeutiques se sont construits autour de cette définition anatomique et de cette localisation des lésions.

L’étude vient renforcer la compréhension de l’endométriose comme maladie systémique.

Les mêmes mécanismes biologiques qui produisent les lésions sont impliqués simultanément dans plusieurs processus de l’ensemble du corps:

  • la régulation immunitaire et l’inflammation chronique. C’est-à-dire la manière dont le système immunitaire réagit en continu et entretient un état inflammatoire de fond
  • la signalisation hormonale: la façon dont les hormones communiquent entre elles et avec les tissus, et déclenchent ou régulent de nombreuses fonctions
  • le développement vasculaire: la façon dont les vaisseaux sanguins se forment et se développent, notamment autour des lésions
  • le remodelage des tissus et la différenciation cellulaire, c’est-à-dire comment les cellules se transforment, se réorganisent et constituent ou réparent les tissus du corps

L’endométriose n’est donc pas seulement quelque chose qui se trouve dans le bassin ou se résume à ses lésions. C’est un dérèglement biologique qui traverse le corps.

Les symptômes « non pelviens » ne sont pas accessoires, ils font partie de la biologie de l’endométriose.

C’est peut-être le résultat le plus important de l’étude pour nous dans la pratique.

Les chercheurs ont trouvé que les mêmes signatures génétiques associées à l’endométriose sont aussi liées à des conditions qu’on considérait jusque-là comme distinctes: les migraines, l’anxiété, les nausées, les douleurs abdominales chroniques.

Ces symptômes ne devraient plus être considérés uniquement comme des éléments séparés ou secondaires.. Ils font partie intégrante de la biologie de la maladie elle-même.

Cela valide ce que nous vivons avec l’endométriose, et ce que nos élèves nous décrivent. Des symptômes différents pour chacune, que la médecine ne reliait pas toujours à l’endométriose. La fatigue qui ne passe pas. Le brouillard mental. Les troubles digestifs qui ressemblent au syndrome de l’intestin irritable. L’anxiété. Les migraines. Le système nerveux qui semble toujours sur le qui-vive.

Le génome ne signifie pas un destin figé avec l’endométriose

Il y a un autre point dans cette étude que je trouve essentiel à transmettre, parce qu’il ouvre un champ des possibles sur ce que l’on peut faire soi-même, et proposer à nos élèves.

Les chercheurs précisent que l’interaction entre la génétique, les facteurs environnementaux et les mécanismes épigénétiques n’est pas déterministe. Avoir des prédispositions génétiques à l’endométriose n’écrit ainsi pas un destin figé.

L’expression de ces gènes, leur activation ou leur mise en veille, est modulée par de nombreux facteurs: l’alimentation, l’exposition à certaines substances chimiques, le stress chronique, le sommeil, l’environnement émotionnel, les rythmes de vie.

Cette approche aide aussi à comprendre pourquoi des femmes ayant une prédisposition génétique similaire peuvent présenter des trajectoires cliniques très différentes, dans l’apparition des symptômes, leur intensité, ou leur réponse aux traitements. La variabilité observée ne dépend pas seulement de la charge génétique, mais aussi de la façon dont elle interagit avec le terrain et avec l’environnement, au fil du temps.

En Yoga et dans l’Ayurveda, nous ne soignons pas l’endométriose. Ce n’est pas notre rôle. Mais notre travail influence le terrain sur lequel elle se déploie.

Le changement de paradigme dans l’approche: systems-based phenotyping

Les auteurs de l’étude proposent une nouvelle approche pour la médecine: le systems-based phenotyping. Plutôt que de définir l’endométriose uniquement par les lésions visibles à l’imagerie, ils encouragent à utiliser une carte plus large, qu’ils nomment le Pelvic Overlap Spectrum, pour « traiter » la femme entière, en tenant compte de ses symptômes immunitaires, nerveux, vasculaires, digestifs et émotionnels.

C’est un changement de paradigme. Et une belle nouvelle pour les femmes qui vivent avec endométriose, parce que cela ouvre la voie à une prise en charge médicale moins fragmentée, plus intégrée, plus respectueuse de la complexité de leur expérience.

Et ce que l’étude ne dit pas encore

Cette étude est précieuse. Mais même elle, qui regarde plus large que jamais, reste dans une logique de cartographie biologique.

Elle propose de regarder l’endométriose par voies biologiques séparées, en isolant chaque grand mécanisme (inflammation, immunité, hormones, vaisseaux) pour mieux le comprendre. C’est précieux, mais cela reste une lecture en silos, sans encore tisser comment ces voies se parlent et s’influencent. Et sans faire le lien avec le mental, les émotions, l’environnement, le rythme, la nature.

Ce que le yoga et l’Ayurveda voyaient déjà

Le yoga ne sépare pas le corps, le souffle, le mental, les émotions et l’environnement. Il les regarde comme des couches d’une même expérience vivante, qui s’influencent en permanence. Le modèle des cinq koshas (panchakosha) propose exactement cela avec le corps physique (annamaya), le corps énergétique et respiratoire (pranamaya), le corps mental et émotionnel (manomaya), le corps du discernement (vijnanamaya), et le corps de la joie (anandamaya). Chaque couche influençant les autres.

L’Ayurveda, dont le nom signifie littéralement la science de la vie (ayur, vie ; veda, science ou connaissance), va dans le même sens. Elle regarde la femme dans son environnement, ses saisons, ses rythmes intérieurs et de vie, son alimentation, son repos, ses relations, et leur influence sur son équilibre et sa santé.

C’est exactement là que le yoga et l’Ayurveda offrent une lecture complémentaire et globale de cette interconnexion vivante, vécue dans le corps, le souffle, le mental, les émotions et l’environnement au quotidien. Et tout en portant cette vision, ils offrent des pratiques concrètes.

Ce que cela change dans notre pratique de professeure

Honnêtement, dans la direction de notre travail, cette étude ne change pas fondamentalement notre orientation. Elle l’éclaire.

Je trouve toujours fascinant de voir que de nouvelles études viennent affiner cette compréhension, et que d’autres pourront, demain, informer ou même contredire ce que l’on pensait acquis.

Mais la logique et la philosophie d’EndoYoga restent fondées sur les principes millénaires du yoga et de l’Ayurveda, qui guident nos choix de pratiques, notre vision holistique centrée sur la personne, et notre attention à l’interconnexion entre tous les niveaux de son expérience.

Ce que cette étude facilite, c’est le dialogue avec les médecins, les gynécologues, les sage-femmes, les physiothérapeutes. Elle peut nous aider à mieux articuler, dans une démarche intégrative, ce que nous offrons à leurs patientes, qui sont nos élèves. Le yoga fait d’ailleurs partie des approches identifiées par la Haute Autorité de Santé et le Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français dans l’accompagnement de l’endométriose.

Quatre ancrages pour notre enseignement

Ce que cette étude renforce, c’est ce que vous m’avez certainement entendu répéter plusieurs fois, et que porte l’EndoYoga.

  • Aller au-delà du pelvis. L’endométriose se vit dans le corps entier, et notre pratique doit l’accueillir comme telle.
  • Soutenir dans la durée, pas seulement dans la crise ou pendant les règles.
  • Enseigner à l’élève, pas à l’endométriose.
  • Encourager l’autonomie.

Le vrai besoin: le pont pratique entre la science et le quotidien avec l’endométriose

Aujourd’hui, la connaissance sur l’endométriose existe. Les études avancent. Le vrai besoin, c’est la traduction de cette connaissance en pratiques concrètes, spécifiques au vécu de l’endométriose, adaptées à cette femme.

Nos élèves ne liront pas Nature Genetics. Elles ne s’intéressent pas aux 80 régions du génome. Elles ont le diagnostic, et une question : qu’est-ce que je peux faire, moi, chez moi ?

C’est là que notre place se dessine. Faire le pont entre le soin médical reçu en consultation et ce que la femme peut concrètement mettre en place dans son quotidien. De plus en plus de femmes, pratiquantes ou non, se tournent vers le yoga et les approches naturelles pour améliorer leur qualité de vie de manière proactive. Elles cherchent une professeure formée, capable de les guider avec discernement.

Pour aller plus loin

Si cette manière de tisser science, yoga et Ayurveda résonne avec votre chemin d’enseignante, la prochaine session de la formation 50h EndoYoga – Yogathérapie et Endométriose commence en septembre. Nous y explorons, en petit groupe, comment construire cette présence éclairée que vos élèves, actuelles ou futures, recherchent.

À très bientôt, on ou off the mat,

Aurélie

Références

Koller D, He J, Løkhammer S, Aranda S, Qiu D, Davtian D, Chen Q, Xu Z, Mao Z, Friligkou E, Karaca S, Cormand B, Flores I, Altmäe S, Mitjans M, Cabrera-Mendoza B, Polimanti R. Multi-ancestry genome-wide association and integrated multi-omics analyses of endometriosis and its clinical manifestations. Nat Genet. 2026 May;58(5):1051-1061. doi: 10.1038/s41588-026-02582-2. Epub 2026 Apr 29. PMID: 42056605.


Auteur de cet article: Aurélie Maire

Aurélie Maire est yogathérapeute, auteure et éducatrice experte en santé intégrative de la femme, avec une formation scientifique en biochimie et en nutrition. Elle enseigne, forme et accompagne autour de l’endométriose, de la ménopause et de la santé des femmes, à la croisée de la science, du Yoga et de l’Ayurveda.


 

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Formation EndoYoga - Yogathérapie & Endométriose: Septembre 2026
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